Sur l’épaule du temps…
création de Aurélia Frey
avec la complicité de Emmanuel Faivre
Ma grand-mère avait deux terres de prédilection, deux pays côté coeur : Celui que l’on ne choisit pas, où l’on naît, et qu’elle aima d’un amour qui ne faiblit pas : les hautes-terres des Cévennes ; celui qu’elle découvrit, qu’elle élut et qui provoqua un émerveillement dont on ne revient pas : L’Italie. Deux faces d’un même monde, la Méditerranée, deux faces pourtant très différentes mais qui, à mes yeux, éclairent ce qu’elle a été, comme le visage de ces statues qui arbore deux expressions différentes selon le côté dont on les aborde.
Née en 1911, cévenole, attachée à la terre lozérienne par ses ancêtres, par la ferme familiale, ancrée dans un milieu paysan dont les traditions participent à l’agropastoralisme du pourtour de la Méditerranée, ma grand-mère est pour moi liée à ce pays cévenol protestant qui a connu les guerres de religion dont le souvenir est encore vivace. Ensuite vint le pays d’élection, l’Italie ! La Toscane, L’Italia dell’Italia, et au-dessus de tout, Florence drapée dans son passé prestigieux, riche de son Histoire et des hommes célèbres qui l’ont faite, avec ses oeuvres d’art qui viennent au-devant du passant dans les rues, ses collines aux coteaux ensoleillés couverts de vignes et d’oliviers et ce peuple mythique dont la cité s’enorgueillit de descendre, les Etrusques.
J’ai souhaité réaliser un portrait de ma grand-mère lié à cette double appartenance de naissance et d’élection. Travail intitulé Sur l’épaule du temps en référence à un poème de Kamal Zerdoumi : Sans se consumer / se posent nos mains/ sur l’épaule du Temps, poème qui convoque les souvenirs semblables à « des essaims de papillons » dans un effort de la Mémoire pour effacer « les rides » du temps.
Mes photographies recueillies en Cévennes et en Toscane sont donc des moments-mosaïques à assembler ou ré-assembler entre absence et présence, entre réalité et imaginaire, et dont les frontières poreuses laissent place à un va-et-vient incessant entre le vécu et le fantasmé, entre le passé et le présent mais aussi entre elle et moi, entre la vieille dame de Jadis et la petite fille d’Alors, qui l’écoutait. Ainsi à mi-chemin entre le mythe et la réalité de ces deux pays méditerranéens avec leurs points communs et leurs forts contrastes, je cherche à rendre hommage à celle qui a su me faire rêver …
Aurélia Frey . Juillet 2025 .
@Fondation des Treilles
